1. Peinture fade ou peinture subtile ? Peinture facile ou peinture singulière ? Toute sa vie, Marie Laurencin a divisé les regards. Certains n’ont vu dans ses tableaux aux couleurs pâles qu’un univers fragile et léger. D’autres y ont découvert une artiste qui a inventé un monde unique, fait de douceur, de mystère et de liberté. Alors, qui était vraiment Marie Laurencin ?
2. Marie Laurencin naît à Paris en 1883. Elle est la fille d’une couturière et d’un député représentant du peuple français mais c’est une enfant naturelle, c’est à dire née hors mariage. Son père veillera toutefois à ce qu’elle reçoive une bonne éducation, en particulier artistique. Elle étudie la peinture et se fait peu à peu une place dans un monde où les femmes sont encore rares et souvent mises à l’écart.
3. Au début du 20ème siècle, Paris devient la capitale mondiale de l’art moderne. Marie Laurencin rencontre Pablo Picasso, Georges Braque et les peintrescubistes peintures aux formes géométriques . Elle fréquente aussi les poètes, en particulier Guillaume Apollinaire, avec qui elle vit une grande histoire d’amour. Dans ce cercle presque entièrement masculin, elle n’est pas seulement une muse une source d'inspiration , un modèle ou une amie: elle est une artiste à part entière.
4. Marie Laurencin admire les artistes de son temps, mais elle refuse de les imiter. Elle emprunte au cubisme ses formes simplifiées, mais abandonne rapidement ses angles et ses couleurs sombres. Elle choisit une autre voie : des roses, des gris, des bleus pâles, des silhouettes flottantes, des regards mystérieux. Elle crée un univers immédiatement reconnaissable, un monde où les femmes occupent toute la place.
5. La vie de Marie Laurencin ne ressemble pas à celle que l’on attend d’une femme de son époque. Après Apollinaire, elle connaît plusieurs histoires d’amour, avec des hommes mais aussi avec des femmes. Ses portraits de jeunes filles ne sont pas seulement décoratifs : ils racontent souvent la complicité, la tendresse et l’indépendance féminine. Marie Laurencin peint un monde où les femmes existent par elles-mêmes.
6. Dans les années 1920, Marie Laurencin devient une artiste célèbre. Elle réalise des portraits, des décors de théâtre, des costumes pour les ballets. Les collectionneurs recherchent ses tableaux. Mais après sa mort, son art est parfois jugé trop doux, trop féminin, presque démodé. Pendant longtemps, on oublie qu’elle a été l’une des rares femmes reconnues parmi les grands artistes de son époque.
7. Étrangement, c’est au Japon que Marie Laurencin trouve l’un de ses publics les plus fidèles. Ses couleurs délicates, ses lignes simples et son univers poétique rappellent à certains amateurs japonais le goût de leur propre tradition artistique pour la suggestion et l’élégance. À Tokyo, un musée entier lui est même consacré: un hommage exceptionnel pour une artiste occidentale.
8. Marie Laurencin a créé un monde que personne d’autre n’aurait pu peindre. Un monde parfois critiqué, mais toujours immédiatement reconnaissable. Dans "L’été indien", une célèbre chanson de Joe Dassin, ce dernier compare son amour perdu à une créature de Marie Laurencin. En une seule phrase, en évoquant ces silhouettes féminines aux tons pastels, rêveuses et vaporeuses, il a érigé la peinture de Marie Laurencin en symbole de l’amour.